Mes chemins intimes

Récemment, j’ai été distingué comme chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur par notre ancien Premier ministre Edouard Philippe. Ce fut l’occasion d’un voyage introspectif, plus intime, que je souhaite partager avec vous ici.


J’ai donc rejoint dans l’Ordre de la Légion d’honneur mes deux grands oncles, Louis Lombertie et François Vaudon, décorés pour leur bravoure durant la « Grande Guerre ».

Dans cette réflexion panégyrique, j’y associe, mes deux grands-pères, Pierre Lombertie et Jean Vaudon. Ce dernier, le Héros de ma grand-mère, membre des corps Francs ; forte tête mais soldat remarquable, ne risquait pas se la voir décerner car il se rebella un terrible jour où il refusa de continuer à fusiller ses camarades. Ils furent enfermés à 50 dans une masure, les canons de 75 tirèrent jour et nuit sur eux pendant 5 jours tout comme les mitrailleuses françaises, ils en ressortirent 5, et repartirent au front sans jamais ne se plaindre ni rechigner à défendre la patrie.

Mon enfance fut remplie des récits de ses amis de régiments m’expliquant sa droiture sa force et sa bravoure. Très tôt j’en ai retiré l’exigence de respect des exécutants, de cohérence et de clarté que doit avoir un commandement et celui ou ceux qui l’exercent.

Mon père m’a appris qu’il fallait rêver, m’a donné le goût de la lecture, de l’histoire de la géographie, bases de la géopolitique, et plus bizarrement l’amitié avec l’Allemagne ce que son beau-père Jean me résumera un jour par cette belle formule « j’ai fait la guerre aux boches mais nous devons être amis avec les allemands ».

Nos amis de Fürth peuvent aujourd’hui témoigner que j’ai appliqué ses conseils comme nos amis de Seto, Ichéon, M’Bourg, Charlotte, Pilsen, Grodno, Tankchan…

Grâce à eux, j’ai appris le rêve du beau, l’envie de faire bien, et le courage de le réaliser, quels que soient les obstacles.

Ma mère a hésité un moment entre mon avenir de médecin et la possibilité du séminaire en m’imaginant Evêque et pourquoi pas Cardinal comme aurait pu le laisser entendre le surnom familial…


Mon chemin personnel s’est solidement bâti grâce à tous ceux qui ont institué mes apprentissages et enseignés mes savoirs : de mes instituteurs à mes professeurs et mes maîtres à la faculté. Pur produit de l’école publique je suis d’autant plus attaché à la laïcité qu’enfant de chœur, devenu par la reconnaissance de l’Abbé Marvaud chef des enfants de chœur du Canton ; notre maître d’école nous laissait sortir de classe pour aller servir les messes d’enterrement.

J’ai appris de l’ambition d’éducation pour les Français, voulue et réalisée par le Général De Gaulle. De 1961 à 1980, j’ai bénéficié d’une multitude de réformes du système scolaire et universitaire Français. Il m’a été confirmé que ce n’était pas terminé. J’ai eu la chance de mener de front études, travail à la ferme, vie associative et vie sportive. Mes professeurs du collège de Châlus puis du Lycée Gay Lussac me délègueront leur confiance pour entretenir et faire vivre la coopérative.

C’est dans la salle de réception de la mairie de Limoges, lors d’un repas d’accueil, que le Général de Gaulle en visite, se tournant vers Marthe Longequeue, lui déclara « Madame, vous voulez une université et votre époux me l’a demandée, sachez madame que vous l’avez ».


Je suis un pur produit de cette université : Gaulliste, Limougeaud, fier de mes maîtres. Je suis un « imbécile heureux né quelque part ». Cette histoire m’oblige. De petit paysan à l’université j’ai toujours ressenti ce que c’était que d’être considéré comme étranger, que le challenge de s’attaquer à la peste nous confrontait à être Sisyphe. Une fois pour toute j’ai décidé « fait ce que doit advienne que pourras », donnant un sens à la possibilité comme le décrit Robert Musil.

J’ai porté par le monde ce que mes maîtres à la faculté de médecine de Limoges mes pairs et mes patients m’avaient permis d’apprendre.

De ma rencontre avec mon maître Jean Marie Leger naîtra l’envie de soigner les maladies mentales, le challenge d’être avec l’équipe parmi les meilleurs en France et dans le monde, d’être le plus grand possible parmi les géants, sans jamais se laisser griser comme Pinocchio. Je dois beaucoup à la perspicacité des grands directeurs d’hôpitaux qui m’ont appris à manager, protéger la ressource, rénover. Je dois beaucoup à tous mes patients et leurs familles pour la richesse de ces rencontres.


J’ai vu à partir des années 1976 notre système de santé basculer de l’éthique de santé publique vers une structuration administrativo-financière hyperspécialisée. Sous prétexte d’économies les dépenses n’ont cessé d’augmenter alors que baissaient les investissements dans la recherche et l’innovation et était abandonnée la production de médicaments.

Dès les années 1985, avec l’arrivé du HIV, la culture de l’empire dominant imposait ses dogmes à ses satellites, dominés par une pensée qu’il faudra 35 ans pour l’appeler WOKE.

Cette French Théorie nous est revenue des Etats Unis et nos collègues Américains nous avaient mis en garde, eux qui commençaient à en redouter les effets. Je les ai entendus s’en inquiéter, me dire de refuser le sexisme, le racisme, l’indigénisme, l’ultra communautarisme, le déconstructivisme qui se mettait en œuvre dans leurs universités, leurs hôpitaux et leur presse.

Je n’ai jamais pu apprécier les écrits et les théories de Foucault trop restrictivement revendicatives à mon esprit. Nous aurions dû écouter plus attentivement Bruce Springsteen.


La judiciarisation systématique, avec la loi Kouchner, cohérente dans son principe mais mal ficelée dans ses attendus n’a fait qu’aggraver les choses. La Pandémie à SARS Cov 2 aura rappelé à l’humanité sa fragilité et à nos organisations leurs faiblesses et leurs manques. Elle porte en creux les limites de l’urbanité planétaire accompagnant une surpopulation sur-concentrée, destructrice de l’environnement et génératrice de surendettement et de dépendances économico-financières aggravées.


Nous sommes victimes de cette évolution qui a paupérisé la réflexion, morcelé la pensée sanitaire, multiplié les baronnies, en diluant les moyens, présents mais dédié à toute une kyrielle « de comités Théodule ». Elle a fait disparaître les lits dont nous avons grand besoin et créé le prétexte des plaintes judiciaires. La disparition de la vision globale de ce que doit être une politique de santé ne fait que renforcer le complotisme et le besoin qu’ont les experts de faire des phrases. A voir tous ces experts, introduits comme le signifiait Coluche, « qui se sentent autorisés », se précipiter dans tous ces médias permanents, sauter comme des cabris pour affirmer « le masque ne sert à rien, c’est une grippette … » je me suis rendu compte que Molière avait encore raison.


Comme aurait pu le dire l’inventeur de cette merveilleuse découverte que fut le Biglotron « tout est dans tout et réciproquement ». Il aurait pu rajouter « les experts ont leur avenir devant eux, ils l’auront dans le dos chaque fois qu’ils feront demi-tour ». La doctrine établie depuis 45 ans était inadaptée, présentait des dangers, je l’ai toujours combattue mais je ne suis pas fier d’avoir eu raison face à l’obligation de mettre en œuvre une politique plus efficace.


Nous sommes vraisemblablement face à un mal durable avec lequel nous devrons vivre c’est à dire adapter nos moyens, nos pratiques, nos comportements et nos rituels pour que la vie continue et puisse être au maximum protégé. Cela nous rappelle que nous ne sommes pas maîtres du temps et que nous n’avons pas que des droits ou des envies à satisfaire. Notre survie et celle de l’Humanité passe par des devoirs qui nous lient et engagent notre avenir. Notre liberté est à ce prix et je me sens prêt au sein de la société, de notre nation et de notre ordre, de l’Europe, à œuvrer à l’adaptation de nos modèles et de nos pratiques, pour que nous protégions la transmission de la vie. Ce Virus est une sacrée occasion de remettre l’ouvrage sur le métier. Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts.


C’est de ces moments de vie. De ces valeurs. De l’admiration profonde pour mes aïeux et pour tous nos Grands hommes qui ont forgé notre monde libre et prospère. De ces rencontres, nombreuses, tumultueuses parfois, mais riches, que j’ai tiré la force de mon engagement politique. D’aucuns diront « sur le tard ». Moi je dis que seul le cœur guide la main et la parole, et qu’il n’y a jamais un meilleur moment que celui que l’on choisit.

J’éprouve tellement de bonheur aujourd’hui à être maire, au service de mes concitoyens, qui me le rendent bien d’ailleurs. Limoges était une belle endormie qui se révèle désormais aux yeux du Monde et cela me rend très fier pour nous tous.

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