Mon témoignage à l'Observatoire National de l’Environnement et du Cadre de la Vie Urbaine


Retrouvez ci-dessous mon discours, prononcé le 13 novembre devant l'Observatoire National de l'Environnement et du Cadre de la Vie Urbaine :


"Je débuterai mon intervention en reprenant les mots du Président de Centre-Ville en Mouvement Patrick Vignal : les villes doivent renaître de leur centre.

Je ne m’étendrai pas sur le constat, partagé par tous et encore plus vrai dans les villes comme Limoges situées en secteur détendu et qui combinent désertification de leur centre-ville et dynamique globale de stagnation démographique et de paupérisation. De ce constat qui peut sembler noir, j’ai voulu construire une véritable opportunité de renaissance pour enclencher une dynamique de résilience au travers d’un projet global qui se développe, qui a été récompensé au printemps par le Trophée SIATI de la meilleure transformation de zone urbaine dans sa catégorie et qui commence à porter ses fruits.

Comme je vous l’indiquais, Limoges souffre de plusieurs maux. Le premier est lié à la faible dynamique de développement que génère son enclavement relatif et la tendance qu’ont eu les décideurs locaux dans le passé à promouvoir des raisonnements étriqués en ne considérant bien souvent que l’échelle localo-locale, notamment pour la question du désenclavement.

D’une part comme nous le rappelions au Président de la République dans notre contribution aux Assises de la Mobilité, Limoges, qui n’est plus aujourd’hui capitale régionale joue néanmoins un fort rôle dans l’encadrement d’un vaste territoire que l’on qualifia autrefois de centre ouest de la France, de Châteauroux à Souillac, de Guéret à l’est des départements de la Charente et de la Dordogne. C’est à cette échelle qu’il s’agit de penser le désenclavement et non à la seule échelle de la ville.

D’autre part sa position de capitale régionale de l’ex-Limousin a globalement participé à générer des réflexions trop auto centrées : l’intégration à la région Nouvelle Aquitaine, avec le coût en termes d’emplois publics que cette décision représente, est donc l’occasion de réfléchir aux infrastructures et au développement à une échelle plus vaste et d’arrimer le développement de Limoges aux dynamiques littorales. C’est ce que je m’efforce de faire en plaidant dans le cadre du SRADDET pour la promotion d’un nouveau modèle de développement métropolitain, celui de la métropole sud atlantique polycentrique.

C’est donc dans ce contexte territorial élargi que j’ai essayé d’ancrer la réflexion et les actions qui sont aujourd’hui conduites afin de retrouver une dynamique de développement pour le territoire de Limoges mais également à promouvoir un projet de transformation urbaine et de dynamisation de son centre-ville.

XXX

Si l’on s’attarde maintenant sur le sujet qui occupe vos travaux. Limoges comme bon nombre de villes moyennes souffre terriblement en son centre :

  • perte d’habitants dans un contexte global de stagnation voire de déprise démographique encore plus accentuée en centre-ville : ainsi, entre 2008 et 2013, la ville de Limoges perd 3.60% et 5.87% plus particulièrement sur le centre-ville atteignant parfois 11% sur des quartiers de l’hyper centre-ville tels que Les Halles ou La Cathédrale,

  • vacance commerciale générée par le développement d’une offre commerciale de périphérie : ouverture en 2010 de 50 000 m² de surfaces commerciales à Family Village au nord de la commune, extension de près de 15 000 m² de la galerie marchande de Boisseuil en 2017),

  • perte d’actifs en centre-ville en raison du départ de nombre d’emplois tertiaires vers des zones plus périphériques.


Ces phénomènes ne sont pas propres à notre ville et résultent aussi de l’incapacité des territoires à mettre en place une gouvernance adaptée qui dépasse l’incantation à consommer moins d’espace aux fins de développement durable, pour porter des projets plus complexes de requalification urbaine d’ampleur sur des secteurs centraux et pourtant déjà équipés. En cause, une production normative qui complexifie sans arrêt l’acte de régénérer la ville sur elle-même alors même que le constat politique est unanime et promeut un modèle de développement économe.

Pour illustrer le propos sans toutefois être polémique la parole politique privilégie le développement du commerce en centre-ville alors que le législateur empile, lui, les normes environnementales, d’accessibilité ou encore une posture de préservation patrimoniale qui tend à fossiliser plutôt qu’innover. Les projets deviennent tellement lourds à porter dans le centre-ville qu’il reste plus attractif pour un opérateur d’investir en périphérie où il ne rencontrera pas de problèmes de fouilles archéologiques, n’aura pas à dialoguer avec l’ABF pour adapter les seuils des commerces aux normes d’accessibilité, aura un accès plus aisé au foncier qui n’est pas morcelé etc. etc… Bref l’avantage comparatif est clairement en faveur du développement de la périphérie.

A Limoges nous nous sommes donc attelés à un projet pluri thématique de requalification du centre-ville. Ce projet repose avant tout sur la valorisation de ce qui dans toute ville est un espace unique : son centre-ville. Car celui-ci offre un cadre patrimonial, une urbanité et une intensité que l’on ne retrouve en général nulle part ailleurs sur un territoire. Ce centre-ville, il s’agit à la fois de l’étendre géographiquement pour lui faire bénéficier des atouts qui aujourd’hui ne sont pas perçus comme tels : une gare accueillant un trafic annuel de 1,6 million de voyageurs et qui en constitue une porte d’entrée, des réserves foncières, notamment une ancienne caserne (sur une surface de 43 159m²) qui offre des potentialités importantes d’accueil de logements et de locaux tertiaires.

Dans le même temps ce centre-ville il s’agit d’en révéler les atouts, d’en augmenter l’intensité en permettant sa réorganisation autour d’une polarité marchande forte, qui reste avec 85 000 m² la première de l’Agglomération. Cet objectif nous entendons l’atteindre essentiellement par un travail de requalification de l’espace public. Limoges est une ville qui possède un patrimoine architectural remarquable essentiellement autour de deux grandes époques : l’époque médiévale et l’époque contemporaine Art Déco pour peu que l’on soit en mesure de le percevoir. Pour ceux d’entre vous qui connaissent notre ville ce n’est surement pas la première impression qu’ils en ont eu tant le caractère fonctionnel et routier des espaces publics est omniprésent à Limoges.

Quel agrément du centre-ville commerçant

  • quand celui-ci revêt des fonctionnalités de gare routière pour l’ensemble de bus du département (1100 bus par jours transitent par l’hyper centre, c’est-à-dire devant la FNAC),

  • quand ce centre est traversé chaque jour par 75 000 véhicules

  • ou encore que l’espace public est encombré par du stationnement (1 000 places sur voirie en hyper-centre) alors même que les parcs en ouvrage financés depuis longtemps par la ville à ses portes offrent en permanence 500 à 1 000 places disponibles),

  • Enfin, quand il faut plusieurs minutes au piéton pour traverser les grands carrefours qui donnent accès à cet hyper-centre.


Au début de la mandature actuelle une première décision de requalification des rues piétonnes a été prise. S’en sont suivies deux années de chantier qui ont permis une belle réussite esthétique et technique qui ne s’est pas faite au détriment de l’accessibilité des commerces. Parallèlement une politique d’animations ambitieuses, à fort rayonnement extra territorial a été conçue et mise en place : le « marché de Noël » est ainsi passé de 40 000 visiteurs sur 2 semaines à 600 000 visiteurs sur 1 mois, « Toques et Porcelaine » de 10 000 à 30 000 visiteurs ; elle s’est accompagnée de la multiplication de braderies et d’évènements à caractère commercial favorisant la réappropriation de l’espace public par les chalands (piétonisation de la rue Jean Jaurès les dimanches ouvrés).

Nous avons consacré ce temps de travaux à la réalisation d’études structurantes notamment en matière de mobilité. Un Schéma des Mobilités Urbaines redéfinit le plan de circulation de la ville en favorisant les reports du trafic de transit hors de l’hyper centre (objectif -15% de circulation c’est-à-dire l’élimination du transit dit de bordure, celui qui passe en centre-ville mais ne s’y arrête pas). Cela nous donne des marges de manœuvre pour affecter l’espace public disponible à d’autres fonctions, notamment pour les piétons, les terrasses des commerçants mais également des installations artistiques permettant d’implanter la création contemporaine en matière de céramique et d’arts du feu dans l’espace public.

Nous mettons en oeuvre un parcours céramique dans le cadre de « Limoges Ville créative de l’Unesco » reconnu le 31 octobre 2017.

Nous avons recruté un nouveau manager de centre-ville.

Nous avons également mis à jour le schéma directeur du stationnement payant en promouvant une réflexion globale sur l’offre de stationnement qu’elle soit en voirie ou en ouvrage. Objectif, anticiper la réduction à terme de l’offre de stationnement sur voirie (-200 places, soit 20% de l’offre de l’hyper-centre) en rendant les ouvrages plus attractifs en termes de tarification.

Le tissu commerçant de Limoges offre aussi une particularité, il est concentré sur les rues piétonnes n°1 que nous avons requalifiées mais les locomotives commerciales sont situées en dehors de ces emplacements n°1. Le projet de requalification des espaces publics vise également à tisser du lien entre les « locomotives commerciales » du centre-ville et les emplacements n°1 situés dans les rues piétonnes.

Le projet de requalification de la Place de la République s’inscrit dans ce vaste dessein. Il permettra certes d’offrir un plateau évènementiel de qualité et de capacité en hyper centre mais aussi également de prolonger le plateau piétonnier et d’y intégrer les Galeries Lafayette et enfin de requalifier et marquer une entrée d’un centre-ville qui manque aujourd’hui cruellement de visibilité, la Porte Tourny. Nous entendons profiter de ce réaménagement pour livrer de nouveaux mètres carrés commerciaux qui conforteront l’offre de centre-ville en accueillant de moyennes surfaces - ce qui, vous le savez, est aujourd’hui compliqué dans des bâtiments souvent exigus par rapport aux exigences des enseignes. Les travaux débutent en 2018.

Nous étudions d’autre part, en lien avec la Chambre de Commerce et d’Industrie et l’Etablissement Public Foncier de Nouvelle Aquitaine la mise en place d’une pépinière commerciale sur les axes de liaison parkings –emplacements n°1 où se développe une vacance commerciale.

A terme nous ambitionnons de gérer notre centre-ville comme un véritable centre commercial à caractère patrimonial :

  • une accessibilité des transports en commun renouvelée par la mise en place d’un Transport en Commun en Site Propre et la diminution globale du trafic de bus en hyper centre par la réorganisation du réseau,

  • un stationnement aisé aux portes de l’hyper centre,

  • une accessibilité riverains maintenue,

  • des espaces publics apaisés et requalifiés en commençant par les axes de liaison parkings – destinations commerciales,

  • une sécurité renforcée avec vidéo-protection et la police municipale, tant dans la tranquillité quotidienne que dans la prévention des actes terroristes

  • des animations régulières au rayonnement amplifié….

Nous complétons notre action par un plan de ravalement obligatoire des façades. Il s’agit d’une part d’achever la requalification urbaine sur les axes majeurs de notre projet, ceux qui font levier sur l’image du centre-ville, d’autre part de mettre en place une OPAH – RU afin de réhabiliter des logements aujourd’hui vacants ou inconfortables et de transformer les rez-de-chaussée vacants sur les axes non commerçants comme des éléments d’agrément de « l’habiter en ville » (locaux communs, locaux poussette ou vélo, celliers…).

Cette OPAH-RU nous permettra également de résorber l’habitat insalubre dans les secteurs d’extension du centre-ville (essentiellement autour de la gare et de Carnot) par la mise en place d’une Opération de Restauration Immobilière. De fait, si le cadre de vie urbain réside dans la qualité de l’espace public, il est également la qualité de « l’habiter en ville », notamment parce qu’il conserve le niveau de confort et de praticité qu’offre un logement neuf.

En conclusion je voudrais insister sur la nécessité d’un portage large de ces orientations.

  • C’est-à-dire un portage renforcé au sein du bloc local EPCI – Ville Centre qui fasse de la revitalisation du centre-ville de Limoges la pierre angulaire des documents de planification locale (SCoT, PDU, PLH…).

  • Mais également d’un portage régional qui vienne conforter cette stratégie : c’était l’objet de mon introduction relative au SRADDET et à la question des infrastructures.

  • Et enfin d’un portage national qui permette de débloquer ou de pérenniser des moyens notamment sur les questions relative à l’habitat à l’heure où les zonages Pinel sont remis en cause sur les zones B2 et peut être demain B1 et où les bailleurs sociaux des zones détendues sont mis en difficulté par la réforme des APL.

Ne pourrait-on imaginer en complément des mesures portées le « Centre-Ville en Mouvement » que les centres villes des villes moyennes situées en zone détendue restent des priorités de fléchage des investissements pour l’Etat notamment en matière de politiques de l’habitat ? Je pose la question.


Je vous remercie"

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