"Guerre des Boutons" : la (mauvaise) suite médiatique...

En instituant, en 1962, l’élection au suffrage universel du Président de la République, le général De Gaulle a créé un lien direct et fort entre les Français et le chef de l’Etat. Ce lien, qui donnait au Président de la République une légitimité lui permettant de se placer au-dessus des partis politiques, est aujourd’hui, sinon détruit, du moins largement distendu. Et, d’une certaine façon, c’est l’esprit même de la Ve République qui se trouve sournoisement remis en cause


Je vois plusieurs raisons à cela.


Il y a tout d’abord l’étonnant tropisme américain dont souffre le Parti Socialiste et sa soumission à cet « esprit yankee » qu’il était pourtant si prompt à dénoncer. En 2002 sous l’influence de la gauche plurielle et de Lionel Jospin, c’est l’instauration du quinquennat, qui remplace le septennat à la Française, de façon à faire coller les mandats présidentiel et législatif. Première conséquence : le Président de la République devient le porte-parole affiché d’un parti ou d’une tendance politique. En 2012, ensuite, c’est l’instauration des primaires, toujours au sein du PS : quatre, cinq, six, voire plus de candidats s’affrontent à l’américaine : debout, derrière un pupitre, face à un animateur télé. C’est évidemment le degré zéro du débat politique : chacun y va de sa petite phrase, de sa trouvaille qui sera reprise en boucle dans l’heure sur l’ensemble des télés et radios, transformant ainsi ce débat en véritable et bien mauvaise « guerre des Boutons » à la sauce médiatique, l’humour en moins.


C’est le deuxième avatar de notre vie politique : la frénésie qui a envahi l'espace médiatique et son corollaire immédiat, la petite phrase, de préférence vacharde, voire méchante, indispensable pour nourrir cette culture de l’immédiateté. Du coup c’est la course à l’audience et nos « élites » réagissent sur tout et n’importe quoi, souvent sans la moindre réflexion préalable.


L'abandon de ce qui faisait la spécificité et la qualité de la vie politique sous la Ve République a des effets déplorables, en premier lieu sur la crédibilité des élus. Imagine-t-on par exemple un François Mitterrand se prêter au jeu des primaires ? A fortiori après un premier mandat, comme s’apprête pourtant à le faire le « normal » François Hollande ? Ou encore un Charles De Gaulle venir nous parler d’une Enarda à la télévision ? Et je pourrais multiplier les exemples.


Ce qui me désole, c’est de voir ma famille politique engluée dans ce pandémonium « démocratico-politico-médiatique. » Je ne dirai pas à quel point cela me chagrine : je garde trop de respect pour la fonction d’élu. Mais comment ne pas voir dans ces primaires – qu’elles soient de gauche, de droite ou écologiques - et dans l’empoignade qui s’annonce, une noire comédie dell’arte qui affaiblit les partis politiques ? Ruine le débat démocratique et substitue souvent l’invective à la négociation des différences au sein de ces mêmes partis? Déconsidère les hommes et les femmes qui ont choisi d’œuvrer pour le bien commun et les transforme en pantins moqués par les médias ?


J’espère me tromper. Je l’espère sincèrement car quelqu’un attend dans l’ombre, qui se tait et sait qu’elle peut ramasser la mise à simplement regarder les uns et les autres se livrer à ce jeu détestable…. Et pour le coup, je suis certain que si cet irréparable venait à se produire, ce serait la fin, non seulement de la Ve République, mais aussi d’une certaine idée de la France.



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